Vivre ensemble les valeurs de la République

Les valeurs de Calandretas

Les valeurs exprimées dans la Charte des Calandretas forment le socle de notre communauté pédagogique, et nous intègrent à la communauté éducative de notre République. Pour le dire avec un certain humour, nous serions heureux que l’on dise de nous que nous sommes les plus publiques des écoles privées. Ainsi, il nous importe de rappeler qu’APRENE, en la personne de son fondateur et premier directeur, Felip Hammel, a donné naissance à l’ISLRF, l’Institut supérieur des Langues de la République française — cette structure est à notre connaissance unique à l’échelle européenne, faisant travailler six centres de formation, et faire ainsi vivre ensemble six bilinguismes : occitan, catalan, basque, breton, alsacien, et corse.

Le préambule de la charte informatique adoptée en 2014, et qui venait formaliser les pratiques et l’éthique adoptée depuis les années 90, illustre tout à fait notre inscription dans les valeurs de la République Française. En effet, les grands chapîtres en sont : Paratge, Coopération, Liberté, Egalité, Fraternité.

« Que ce soit à l’école caserne qui se soucie de discipline et de punitions ou à l’école d’aujourd’hui qui se soucie de règles et de citoyenneté, la Pédagogie Institutionnelle répond la même chose : se soucier d’abord, travailler d’abord au niveau de la mitoyenneté, c’est-à-dire, tel le mur mitoyen, ce que nous avons en commun et qui nous sépare, nous distingue. Ce qui nous relie et nous singularise à la fois. Au delà du dispositif technique, organisationnel et institutionnel nécessaire, c’est là le cœur de la Pédagogie Institutionnelle. »

– René Laffitte

Ce qui nous singularise, c’est l’ensemble théorique et pratique de nos outils et dispositifs auquel nous avons recours, et que nous créons, pour faire vivre réellement de tels principes, et ne pas nous contenter de les afficher. Notre état d’esprit, tant sur le plan de la laïcité que sur la citoyenneté, est celui des pédagogies coopératives et populaires nées dans le contexte de la IIIe République, et qui n’ont jamais cessé de promouvoir un accueil des enfants et adolescents de toutes les couches de la population, quelle que soit leur condition physique ou psychique, et quelles que soient leurs appartenances linguistiques, culturelles, religieuses, et quels que soient leurs trajectoires existentielles et familiales (mais aussi géographiques — migrations, etc.).

Cet idéal de construction d’un espace commun se fait en tenant compte de la complexité du monde actuel. C’est pourquoi notre pratique pédagogique coopérative se pense dans un double ancrage. Le premier ancrage se fait dans le territoire et le patrimoine de nos langues et cultures régionales. Mais cet ancrage local est indissociable de l’ancrage dans un monde global, et nous revendiquons l’ouverture multilingue et multiculturelle des pédagogies immersives nées de la conscience contemporaine d’une écologie globale de nos pratiques et de nos sociétés.

Calandreta est officiellement un mouvement associatif éducatif revendiquant les pédagogies du bilinguisme immersif et de la pédagogie institutionnelle. On peut dire, par l’effort de formation et de recherche mené par Aprene que nous traçons un chemin vers une triple relève. Premièrement, nous proposons non seulement une didactique immersive, mais une pédagogie immersive (qui ne se résume pas à des techniques d’apprentissage, mais s’intègre à des dispositifs de vivre-ensemble et d’organisation du travail en tenant compte des phénomènes de groupe, inconscients, langagiers et culturels). Deuxièmement, nous visons à la mise en œuvre d’un multilinguisme immersif, chantier qui constitue l’horizon de la nouvelle ère qui s’ouvre pour Aprene. Enfin, nous continuons de penser une formation non pas seulement à, mais par les pédagogies coopératives et immersives; cette coopération se fait à la fois en présentiel, lors de nos différents stages, mais également dans la mise en place d’un portfolio électronique coopératif.

Il ressort de cela une expérience pédagogique unique à notre connaissance : une formation initiale structurée intégralement en pédagogie coopérative et immersive, et ce, au long de trois années. Un espace intégré, une continuité éthique et culturelle, un lieu d’accueil à la singularité et l’hétérogénéité des sujets, de leurs langues et de leurs cultures, grâce à un socle pédagogique et didactique théorisé, enquêté et continuellement remis en chantier et en question.

Partant, nous pouvons aujourd’hui continuer à affirmer que, de la maternelle à la formation enseignante (initiale et continue), il existe une même éthique pédagogique, transversalement à tous les âges que nous accueillons. Cette éthique, c’est celle qui autorise, pour chacune et chacun d’entre nous, un double cheminement : un cheminement linguistique, et un cheminement pédagogique.

Forts d’un ensemble théorico-pratique d’outils et dispositifs didactiques et pédagogiques, nous accueillons la vie de chaque sujet (son existence, ses souffrances comme ses désirs) et de chaque groupe (auto-organisation d’une démocratie directe, analyse régulière et collective des relations intra-groupales). Nous structurons notre cheminement en formation à partir de la part contingente, imprévisible, des désirs et des compétences de chaque groupe ; chaque situation offre une configuration distincte, et c’est en la structurant et en l’organisant selon les dispositifs coopératifs que nous faisons émerger les dynamiques culturelles, organisationnelles et personnelles qui font naître véritablement le groupe et le milieu éducatifs. C’est ici que réside ce que nous appelons notre éthique pédagogique. L’éthique ne se limite pas à un ensemble de principes généraux orientant nos pratiques (cela, ce serait plutôt nos « impératifs catégoriques », c’est-à-dire notre — nécessaire — morale). L’éthique, à nos yeux, consiste plutôt à accueillir les singularités, dans toute leur variété. Nous pensons aux singularités sur le plan linguistique et culturel : apprendre en transculturalité et translinguistique — cf. notre adossement sur le laboratoire Experice de l’Université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Mais avant tout, nous pensons aux singularités sur le plan subjectif : singularités existentielles, corporelles, psychiques : accueillir la parole libre, le désir, de chaque sujet, enfant, adolescent ou adulte. Enfin, nous pensons aux singularités sur le plan de la vie quotidienne des groupes éducatifs : fondement de la pédagogie Freinet et du « matérialisme scolaire », qui dès 1920 inventèrent les « méthodes naturelles d’apprentissage », organisation collective et personnelle du travail à partir de l’écriture libre et socialisée, le branchement de tout le travail d’apprentissage sur des objets réels, d’enquête dans le monde réel, la communauté sociale du quartier, de la ville, mais aussi d’ailleurs : correspondance scolaire, etc. Tenir compte de ces trois types de singularité, c’est le souci permanent d’Aprene, dans chacune de ses missions et de ses lieux.